« Un blog… rien de fou, hein. »
Le blog Comme au café est lancé depuis plusieurs semaines.
J’ai commencé à en parler autour de moi. Je distribue de jolis petits stickers ronds en guise de carte de visite.
Et à chaque fois, je m’aperçois que je m’excuse presque de mon travail.
Je présente le projet avec enthousiasme, mais je temporise toujours : des « petites » chroniques, « rien de fou, hein ».
D’où vient ce réflexe qui consiste à minimiser ce que l’on construit avant même que quelqu’un n’ait eu l’idée de le critiquer ?
Je crois que le premier responsable, c’est l’école.
Le système scolaire français est construit autour de la validation extérieure. L’élève travaille, le professeur évalue le travail et lui attribue une note. Bon travail = bonne note.
Le parcours se conclut par un diplôme. Les compétences sont reconnues. L’exercice de la profession est autorisé. Et légitime.
Dans la vie active, le bon élève garde ce fonctionnement. L’évaluation et la valeur de son travail sont transférées à un manager. La promotion remplace le diplôme.
Mais quand on se lance seul, qui évalue ? Qui décide de la qualité du travail fourni ? Qui légitime le titre ? Personne.
Face à ce vide, le bon élève a deux options : s’attribuer lui-même le titre, au risque de paraitre prétentieux, ou se prémunir d’un jugement trop critique en minimisant l’ambition.
Il y a quelques années, j’avais un ami, cadreur de métier, qui se rêvait réalisateur.
À une époque où créateur de contenus n’était pas encore une profession, il a lancé une chaine YouTube et s’est autoproclamé « réalisateur ».
« Mais quel prétentieux ! » La bonne élève, que j’étais encore alors, était scandalisée.
Et j’avais tort. Aujourd’hui, mon regard a changé.
Dans les faits, cet ami imaginait, filmait, montait et publiait de vrais reportages. Il faisait le travail. Le titre de réalisateur n’était pas usurpé. Il lui revenait. Inutile d’attendre une permission.
Chaque fois que je distribue mes petits stickers, j’affronte la bonne élève en moi, celle qui me juge prétentieuse d’oser.
Mon premier réflexe reste l’option deux : je me protège en minimisant mon travail et mon ambition réelle. Dans cette lutte intérieure, je repense souvent à cet ancien ami…
Novembre 2026. J’ai construit, seule, un site éditorial.
J’écris. Je publie chaque semaine. Je fais le travail.
Le permis de carrière n’existe pas.
La preuve.

