Une promotion ? Non merci.
Quand un proche m’annonce qu’il a été promu, j’hésite toujours à le féliciter. Pas par mauvaise volonté. Ni par jalousie. Mais plutôt par lucidité.
Instinctivement, la nouvelle m’inquiète.
Parce que je connais l’impact d’une promotion qui trahit ses promesses.
Le schéma est presque toujours le même.
Tout commence par un recrutement basé sur nos compétences, notre expérience. On aime ce travail que l’on a choisi. On s’investit et très vite, on est identifié comme « bon élément ».
En toute logique, la promotion arrive. Plus de responsabilités. Un meilleur salaire. Une reconnaissance valorisante.
A n’en pas douter, si on donne satisfaction à ce nouveau poste, une nouvelle opportunité se présentera. Une nouvelle promotion… puis une autre.
Jusqu’au jour où nos compétences seront devenues insuffisantes pour le poste que l’on occupe.
C’est le fameux principe de Peter.
Être bon à un poste ne garantit en rien qu’on le sera dans le poste suivant.
Surtout quand les attentes changent du tout au tout : coordination à grande échelle, management d’équipe, stratégie, jeux de pouvoir interne.
Rien à voir avec ce qui nous animait au départ.
On se retrouve alors coincé dans un poste valorisé socialement, avantageux financièrement mais pour lequel on se sent profondément incompétent.
Un cercle vicieux s’installe. On doute. On compense : temps de travail à rallonge, disponibilité continue, stress permanent…
On pourrait démissionner. Mais difficile de renoncer à un statut.
Encore plus difficile de renoncer à un salaire.
Solliciter un poste à moindre responsabilité serait perçu comme un échec.
Alors on reste. Et on souffre.
On connaît tous quelqu’un qui a perdu l’essentiel en accédant à un poste supérieur.
Dans une société qui valorise la compétition et la performance, refuser une promotion paraîtrait immédiatement suspect.
Pourtant, depuis quelques années, la notion d’ambition personnelle se revendique plus facilement.
Être ambitieux sur le plan personnel, c’est refuser que le travail soit le seul lieu d’accomplissement. Reconnaître que la famille, les amis, les loisirs, les passions construisent une vie épanouie au même titre que la réussite professionnelle.
Evidemment, une promotion reste une opportunité à célébrer. A condition qu’elle nourrisse une vie entière, pas seulement un compte en banque et une carte de visite.
Et dans le doute, « non merci » peut être la décision la plus saine qu’on prendra dans sa carrière.

