En amour, pas d’ego. Vraiment ?
Quand, comme moi, on a été bercée par des lectures romanesques, on se soumet avec zèle à ce précepte.
L’amour, le vrai, le grand, suppose que l’on abandonne son ego sous peine de tout gâcher.
Être prêt à tout pour l’autre.
S’investir, s’adapter.
C’est normal puisqu’on aime.
Si, parfois, le doute s’immisce, on se rassure.
Les concessions font partie du couple.
On relativise le déséquilibre. Une sensibilité excessive, peut-être. Un ego mal placé.
Et comme « en amour, pas d’ego », on accepte de faire le pas de plus.
Encaisser une remarque qui blesse, ne plus réagir.
Initier le dialogue après une dispute.
Taire ses propres envies au profit des plans de l’autre.
Maintenir le lien, coûte que coûte.
Jusqu’au jour où faire ce pas devient une trahison envers soi-même.
On comprend alors que ce que l’on a peu à peu sacrifié, ce n’était peut-être pas de l’ego,
mais notre amour propre…
Confondre ego et amour-propre peut détruire une relation.
Et soi-même.
L’ego parle d’orgueil, de contrôle, de peur.
Il cherche à maintenir un rapport de force avantageux pour contrer le risque d’humiliation.
L’amour-propre, lui, fixe des limites saines.
Il érige un socle destiné à protéger notre identité au sein d’une relation.
Confondre les deux, c’est s’exposer à un paradoxe cruel.
L’absence totale d’ego ne crée pas plus d’amour.
Elle crée un déséquilibre.
Maintenir la relation confortable pour l’autre au prix de son propre inconfort envoie un signal clair : ce sacrifice est acceptable.
On prend le risque que cette posture nourrisse l’ego de l’autre tout en fragilisant notre propre estime.
Le déséquilibre n’apparaît pas du jour au lendemain.
Le glissement est progressif, presque imperceptible.
Quand le doute s’installe, il ne s’agit pas de savoir si l’on est trop fière ou trop exigeante,
mais d’observer la réciprocité réelle.
Que se passe-t-il quand on ne porte plus la relation ?
Si la réponse est rien. Ça pique.
On a mal mais on sait.
Il ne s’agit plus d’un ego mal placé.
Mais d’une relation installée dans le déséquilibre.
Refuser, alors, de continuer à faire le premier pas, n’est pas une posture d’orgueil.
C’est un acte de sauvegarde envers soi-même.


