Quand TikTok remplace le JT.
54 %.
Nous sommes une majorité à recourir aux réseaux sociaux et plateformes vidéo pour nous informer. (cf encart).
Je revois mon père parcourir son journal tous les matins. La famille, le soir, dinant devant le journal de 20 heures.
S’informer demandait de l’attention et du temps.
Aujourd’hui, on scrolle. L’information est accessible, partout et tout le temps.
Mais sommes-nous réellement mieux informés ?
Et si cette frénésie d’information nous exposait insidieusement à des mécanismes qui nous rapprochent du Moyen Âge ?
Excessif ? Peut-être pas.
Au Moyen Âge, la population disposait d’informations essentiellement locales. Elles se transmettaient oralement avec les risques de déformations, volontaires ou non, que cela comportait.
L’information officielle était rare, filtrée par l’Eglise et le pouvoir. Le manque d’accès aux savoirs maintenait la population dans une forme d’ignorance collective qui la rendait manipulable.
Parce qu’à une époque où la majorité des gens ne savaient ni lire ni écrire, ceux qui détenaient le savoir contrôlaient les récits, les comportements, les croyances.
Aujourd’hui, tout semble avoir changé.
Nous avons accès à une quantité de connaissances inédite dans l’histoire de l’humanité.
Chaînes d’informations continues, réseaux sociaux, moteurs de recherche… savoirs et informations sont accessibles à tous en quelques clics.
Et cela en quasi-temps réel.
Une débauche de technologie et d’outils qui nous détourne progressivement d’une réalité essentielle : la valeur d’une information ne réside pas dans la rapidité de sa diffusion, mais dans sa fiabilité.
Or, vérifier une information demande toujours la même chose : des investigations, de l’analyse et du temps.
Et ce temps n’existe plus.
Une information peut devenir virale en quelques heures, susciter commentaires et réactions de toutes parts … et être entièrement fausse.
C’est tout le paradoxe de notre époque.
Nous nous croyons prémunis de l’ignorance passée grâce à des technologies de plus en plus performantes et des outils de plus en plus sophistiqués.
Et pourtant, nous sommes devenus extrêmement vulnérables à de nouvelles formes de manipulation.
La répétition, la viralité, la séduction du spectaculaire facilitent une adhésion collective à des récits prêts à penser, mais parfois erronés.
Quand la technologie permet de créer des images, des interviews, des événements hyper réalistes mais inventés de toutes pièces, la confusion s’installe.
En décembre dernier, une vidéo générée par IA annonçant un coup d’État en France a cumulé 12 millions de vues sur Facebook. Tout semblait réel mais tout était faux.
Des millions de vidéos nous assaillent chaque jour à travers les écrans. Saturés d’informations, il devient de plus en plus difficile de trier, de hiérarchiser et de démêler le vrai du faux.
Savoir lire et écrire n’est plus suffisant. Notre sens critique est débordé.
J’ai découvert le braquage du Louvre en scrollant sur TikTok. Je n’y ai pas cru. C’était vrai.
C’est là que la comparaison avec le Moyen Age prend tout son sens.
À la pénurie d’information de jadis s’est substituée une surabondance d’informations pas nécessairement vérifiées.
Aujourd’hui, on oscille en permanence entre une crédulité naïve et une défiance excessive.
Deux époques, deux causes opposées mais un résultat similaire : une population vulnérable à la désinformation massive.
Les sources d’informations fiables existent toujours. Y compris sur les réseaux.
Mais, noyées dans la masse, elles suscitent, elles aussi, de la méfiance.
Au Moyen Âge, les gens savaient qu’ils ne savaient pas.
Nous, on ne sait plus si on sait. Ou pas.
Là est la différence. Là est le danger.






