Barbecue. Nom masculin.
En vacances. Un gîte rural en Savoie.
Plusieurs familles se partagent un chalet et son jardin.
Dans un coin du jardin : un barbecue.
Les enfants et moi, on adore la viande grillée !
Ce midi, je me lance donc pour la première grillade de l’année.
Je prépare, le feu crépite. Et j’attends.
Le premier voisin approche.
« Tiens une femme qui fait un barbecue… c’est rare ».
J’éclate de rire. La plaisanterie est amplement justifiée.
Ce matin, je l’ai croisé à la machine à laver en train de charger le linge.
J’avais souri et dit « Tiens un homme à la lessive… c’est rare. ».
Le voisin repart, son linge propre sous le bras, heureux de m’avoir retourné la plaisanterie sexiste. De bonne guerre.
Le feu tourne. Certes paisiblement, mais il tourne. Je pose les saucisses sur la grille quand le second voisin approche à son tour.
Il inspecte, il sourit. Et je sais déjà ce qu’il va dire.
Cette scène je la vis chaque été, à chaque barbecue.
Avec beaucoup de bienveillance, le voisin m’explique sa technique. Je n’écoute pas vraiment. Je préfère le mettre au défi de lancer, lui, le prochain barbecue pour les occupants du gîte. Il accepte, bon enfant.
Après mon divorce, j’avais le choix : ne plus manger de viande grillée l’été ou me mettre au barbecue moi-même. J’ai choisi la gourmandise.
Et chaque année, la même situation se répète. À peine l’allumette craquée, un homme arrive, tel un sauveur, pour expliquer LA technique infaillible pour la prochaine fois. Résultat garanti : « Vous verrez, ça chauffe tout seul ».
La première année, j’avoue, tout conseil était bienvenu.
Mais c’était il y a plus de six ans.
Aujourd’hui, je suis autonome.
Avec plus ou moins de succès, mais autonome.
Pourtant, rien n’y fait. Comme si être une femme devant un barbecue nous transformait immédiatement en demoiselle en détresse.
La situation m’amuse toujours beaucoup.
En général, il y a surtout de la bienveillance dans la démarche.
Et je crois qu’il existe autant de techniques infaillibles que de bonhommes !
Mais une femme devant le barbecue, ça n’interpelle pas que les hommes.
Je me souviens de cette femme, il y a quatre ans, dans un camping dans les gorges du Verdon. Intriguée, elle était venue m’observer en pleine action : « Vous êtes drôlement courageuse… Moi, j’en suis incapable. Heureusement, mon mari s’en charge ! »
Je l’avais regardée à mon tour. Dans son regard, un mélange d’admiration et de pitié, qui m’avait légèrement agacée : « Oui, moi aussi … jusqu’à notre divorce ! »
La pauvre ne s’attendait pas à cette réponse. Elle était repartie en courant presque vers son bungalow. Effrayée, peut- être, que le divorce soit une maladie contagieuse…
Et si le barbecue était le dernier bastion de la virilité absolue ?
J’aimerais, qu’un jour, une femme devant un barbecue ne soit plus perçue comme une anomalie. Pas plus qu’un homme triant le linge de la lessive.
Alors, mesdames, célibataire ou en couple, cet été, lancez-vous !
On ne sait jamais, hein.






